01 septembre 2006

Chronique…Country

                           Texte : Robert Martineau         rmartineau@countrydansemag.com

                         

 

 

Il y a quelques jours, j’ai reçu un courriel de la direction du festival de St-Tite. Il semble que tous ceux qui ont pris la peine de faire parvenir une lettre de protestation face au changement de local durant la première fin de semaine du festival ont reçu la même missive de la part de la direction de cet organisme. Ce courriel se voulait une explication sur les motifs qui ont incité le festival de St-Tite à déménager les danseurs, étant donné que la société Loto-Québec projetait d’inclure dans la programmation du festival une soirée spéciale où artistes et tirages seraient à l’honneur.

Je m’étais plus ou moins contenté d’avoir pris cette supposée belle fin de semaine de danse avec un grain de sel mais voilà que l'on vient me relancer chez moi avec un courriel ! Il n’en fallait pas plus pour que les souvenirs de ma dernière visite à St-Tite remontent en surface et donc, j’ai décidé de me servir de ce courriel pour en faire le sujet de ma chronique. Ce que je trouve de malheureux, c’est que tous les détails que nous donne le représentant du festival nous parviennent, une fois le festival terminé ; n’aurait-il pas été facile et surtout respectueux envers les danseurs que tout ce qui va suivre soit connu des fervents de la danse country avant la tenue du festival ? Ce festival possède son propre site et un site internet a comme première mission de bien informer les lecteurs.

 

Et voici mes réflexions face à ce courriel :

 

Vous avez parfaitement raison, il n’est jamais trop tard pour se justifier ou tenter de le faire. Moi, aussi de mon côté, j’avais l’intention d’écrire un article sur cette fameuse fin de semaine que l’on a vécue le 08 et le 09 septembre dernier, mais je me devais, disons, de me calmer, afin de demeurer le plus objectif possible devant la tournure des événements. Mais ce contretemps n’a en rien altéré mes souvenirs face à la manière très cavalière, pour rester dans le domaine équestre, dont vous avez traité les danseurs et les danseuses country des différentes régions du Québec

 

Sur le total des personnes qui vous ont écrit pour vous faire part de leur déception, je ne peux hélas vous contredire car je ne suis pas à même de le vérifier, mais laissez-moi vous dire que me promenant un peu partout en région, le nombre que vous émettez me semble inférieur à la réalité. Les gens étaient choqués car ils ont finalement compris, grâce aux recherches que j’ai moi-même personnellement faites, que tout ce chambardement était causé par un élément tout à fait étranger au domaine country. Certes, il y a, comme dans toutes les couches de la société, des gens qui manquent de savoir-vivre dans leurs propos mais sachez que la très grande majorité des fervents de la danse country sont des gens civilisés et que je qualifierais de très patients. Vous avez pu le constater face au calme dont ils ont fait preuve devant tous les obstacles que vous, et là je parle du festival de St-Tite, leur avez mis sur leur chemin durant ce week-end. Leur mécontentement était bien palpable dès le vendredi soir, si bien, que l’organisatrice de la soirée a dû se présenter sur scène pour tenter de rassurer les gens présents, allant même jusqu’à promettre que l’an prochain, les gens retrouveront leur local initial, soit l’aréna de St-Tite.

  

Vous aviez au moins 500 billets de vendus et vous me dites que vous avez mis le gymnase de l’école secondaire à la disposition des danseurs. J’étais sur place et oui, on pouvait y caser vos 500 personnes mais avez-vous oublié que ces gens avaient payé pour danser et non pour y être entassés comme des bovins, pour regarder les quelques chanceux le faire, faute de place sur le plancher. Vous aviez sans aucun doute un beau plancher bien luisant mais comment selon vous, tant de danseurs auraient-ils pu prendre place sur un plancher de 35 pieds par 45 pieds ? La plupart des festivals dignes de ce nom offrent aux gens des surfaces de 40 pieds par 80 pieds. Le 24 août dernier, le festival de Farnham offrait aux danseurs un plancher de 90 pieds par 90 pieds et pourtant, ce festival ne possède pas le budget dont vous disposez ! Vous me dites que l’organisation de Loto Québec vous avait dédommagé pour le changement d’endroit, alors, puisque dans les faits, tout ce qui entoure l’organisation de ces soirées de danse vous a été remboursé, alors pourquoi ne pas avoir loué un plancher adéquat afin que les gens en aient pour leur argent ? Si vous recherchez l’adresse d’une personne qui loue des planchers, rien de plus facile, communiquez avec moi et je me ferai un plaisir de vous informer.  Mais peut-être que votre budget se trouvait limité à cause de l’achat de votre décor. Je ne sais pas si vous le savez ou si votre organisatrice le sait, mais les danseurs se servent beaucoup plus d’un plancher de danse que d’un décor lors d’une soirée de danse.

Et si on parlait de l’aménagement du site ? À mon arrivée sur place, une chaleur étouffante régnait à l’intérieur, nul besoin d’aller se trémousser sur le plancher de danse pour suer à grosses gouttes. Oh oui, le samedi, la direction avait réglé le problème ; pour ce faire, ils ont laissé les portes d’entrée ouvertes ! Auriez-vous aimé, en tant que danseur ayant payé sa place…d’avance, à devoir endosser votre manteau, assis à votre table ?  Alors, on avait le choix, ou bien aller suer sur le plancher de danse, à condition qu'il y ait un espace libre ou bien geler à notre table. On aurait aimé changer de table mais comme je vous le disais antérieurement, grâce à votre survente de billets, aucune autre place n’était disponible. Durant cette soirée j’ai été à même de constater ainsi que tous ceux assis à notre table que des gens ne possédant pas de billets ont pu tout de même entrer en sortant quelques billets de leur poche. Et là, il n’était pas encore 22 :00 heures ; tout de même curieux pour une soirée se déroulant à guichet fermé !

 

Et maintenant, si vous me le permettez, je vais vous entretenir de la perle de la soirée. À un moment donné, la nature faisant son œuvre, je me suis levé pour aller disons-le me soulager. Quelle ne fût pas ma surprise de me faire dire que les toilettes étaient à l’extérieur ! Eh ! dans une école secondaire, vous devez avoir des toilettes non ? On m’a répondu que l’organisation avait peur que les gens brisent le mobilier scolaire. Vous êtes-vous déjà fait voler des cabinets d’aisance à St-Tite ? Non seulement on nous faisait suer sur le plancher de danse mais en plus, fallait aller se faire frigorifier en faisant la ligne devant les Jack On The Spot ! Des toilettes au froid, en pleine noirceur et pour les dames, fallait être chanceuses en ouvrant la porte, pour apercevoir l’ombre d’un rouleau de papier hygiénique !  Et quand j’ai fait part de mes doléances à la dame qui semblait être l’organisatrice en chef de cette ….superbe soirée country, elle m’a gentiment répondu que c’était cela ou rien. Elle m’a aussi fait part qu’elle avait reçu un tas de courriels de protestation mais que le tout ne l’empêchait pas de dormir.

 

Finalement, pour ce qui est de l’aménagement du site, je ne sais pas quels sont les critères imposés par le service d’incendie de la ville de St-Tite et encore moins si le festival a fait approuver ce changement de local , mais à voir le grand nombre de personnes sur place durant ces deux soirées, je n’ai pu m’empêcher de penser à ce qui aurait pu survenir en cas de feu ou simplement en cas de panique générale. Disons qu’un élément déclencheur m’a fait penser à un incident possible mais que l’on aime mieux ignorer lorsque l’on s’amuse : à un certain moment, un nuage de fumée s’est élevé entre les tables et après en avoir été informé de la source, j’ai appris que le préposé à l’éclairage avait jugé bon d’inclure à ses effets spéciaux une machine à fumée ! Pas d’argent pour un plancher mais pour de la fumée, pas de problème ! Je me suis levé et je suis allé m’informer auprès du gardien des issues possibles en cas de feu. Même si ce dernier était bien assis près d’ une vaste porte double, il  m’a déclaré que les grandes portes séparant le gymnase de l’école secondaire était barrées et donc les issues possibles étaient les deux portes que nous franchissions en montrant nos billets afin d’avoir accès au gymnase. Je croyais qu’il voulait rire de moi mais en fait….c’était sérieux ! J’ai eu beau lui dire mes craintes advenant l’évacuation en vitesse du local mais il se méfiait plus de moi que d’autre chose; aurait-il eu vent des protestations des semaines précédentes ? Je tournais les talons quand il m’a déclaré candidement qu’en cas de feu, il défoncerait les portes ; je l’ai quitté tout en lui souhaitant qu’il n’ait pas à quitter sa place, les gens auraient besoin de lui en cas d’incident car les deux étroites portes menant à l’extérieur ne pourraient absolument pas contenir une foule en panique. Je ne vous cacherai pas qu’il m’est venu à l’idée de faire inspecter le local par votre service incendie mais je ne voulais pas servir de bouc émissaire au cas où votre local aurait été jugé inadéquat pour un si grand nombre de personnes.

  

Si vous désirez parler du côté monétaire, alors parlons-en ! Je suis d’accord avec vous que la présentation de l’émission La Poule aux œufs d’Or représente une visibilité que vous ne pouviez laisser passer au point de vue publicité provinciale. Cependant, vous ne me ferez pas croire que les gens impliqués dans un tel événement ne vous ont rien versé monétairement parlant, sinon vous dédommager pour notre déplacement à nous, afin de pouvoir eux aussi bénéficier d’une si grande vitrine publicitaire qu’est le festival de St-Tite. Une société d’état qui brasse tant de millions ne s’arrête sûrement pas devant des frais de location, quitte à léser une partie des gens qui se rendront visiter votre festival. Ne vous est-il pas venu à l’idée que les changements que vous avez effectués en catimini durant l’année 2006 ont fait du tort à beaucoup de gens. De ce côté, je vous parlerai de ce qu'en réalité, comment il m’en a coûté pour aller vous visiter au début de septembre dernier. Comme vous devez sans doute le savoir, beaucoup de gens allant vous visiter proviennent de régions à l’extérieur de la Mauricie et de ces gens, j’en fais partie. Comme beaucoup d’autres, j’ai dû, au mois de mai dernier, réserver et payer d’avance afin de me trouver un logement dans les environs de St-Tite car vous conviendrez avec moi que pour profiter pleinement de votre festival et ne pas revenir chez soi aux petites heures du matin, il vaut mieux coucher sur place. Le logement m’ayant coûté $160.00 pour deux soirs, il faut aussi compter sur les nombreux repas que nous devons consommer sans oublier le plein d’essence qui de nos jours accentue les frais de déplacement et à cela j’ajoute l’achat des billets qui m’ont permis de danser ou plutôt de regarder danser les autres. Tout cela pour vous dire que ma visite chez vous m’a coûté dans le bas mot $400.00 , une somme qui représente une retombée fort appréciable pour les commerces et les habitants de St-Tite. Comme je ne suis pas le seul danseur et son amie à s’être présentés lors du festival, je n’ose vous donner un chiffre exact des retombées monétaires que vous apportent les danseurs mais hélas, dans vos agissements, vous nous avez qualifiés de quantité négligeable. Vous n’avez peut-être pas fait d’investissement afin d’accroître votre visibilité à travers la province comme vous dites mais ce sont les danseurs qui en ont payé le gros prix afin de vous faire profiter de votre association avec Loto-Québec.

 

Il est certain que  je suis en désaccord avec la façon dont le festival a vu les choses. Mais ce différent vient surtout dans la manière dont vous avez traité les danseurs. Je ne peux qu’être d’accord avec vous dans le fait de toujours vouloir grossir l’impact publicitaire d’un événement mais doit-on priver une partie de sa clientèle afin de satisfaire cette soif de publicité. Vous me dites que grâce à la présentation de La Poule Country lors de votre festival, vous avez connu un record d’assistance à votre festival; grand bien vous fasse ! Mais comme l’a dit mon amie Lucie :  Est-ce que vous auriez oublié  que la danse country faisait aussi partie du monde du country ?  Pourtant celle-ci a pris beaucoup de vigueur avec les années. Sans doute La Poule Aux Œufs d’Or est plus adroite courtisane et vous aura fait miroiter de plus belles richesses.  En méprisant les danseurs, le festival de St-Tite risque toutefois de perdre des plumes,  une fois la poule déguerpie.

 

Une question me vient en tête :  les postes de direction du festival de St-Tite sont-ils comblés de façon aléatoire ? Il me semble que tous les inconvénients décrits dans le paragraphe sur l’aménagement auraient fort bien pu être évités si un danseur ou une danseuse digne de ce nom aurait organisé ces soirées se déroulant au gymnase. Il faut connaître le monde de la danse country pour savoir quelles sont les choses à faire afin que les danseurs puissent jouir de leur soirée. Que penseriez-vous que les hommes de rodéo diraient si le directeur de l’épreuve leur imposait un terrain asphalté afin de se livrer à leur sport, faute d’avoir mieux ? Les danseurs n’ont pas besoin de grands décors; ce qu’ils désirent c’est une place convenable pour danser. Une autre question me vient aux lèvres:  le fameux Gala La Poule Aux Œufs d’Or se tenait le dimanche 10 septembre, alors pourquoi nous a-t-on privés de l’aréna les deux jours précédents ?  En passant devant cet édifice, je ne voyais pas la présence de travaux de la part de la société d’état qui justifiaient cette longue fermeture. En exigeant de la part de vos nouveaux associés que les locaux de l’aréna ne leur seraient donné que le samedi, vous auriez pu donner la possibilité aux danseurs de profiter au moins d’une belle soirée de danse. Pour les gens qui, depuis plusieurs mois, avaient investi une somme plus que convenable dans cette sortie, ça aurait été un moindre mal.

 

Tout d’abord, je vous remercie d’avoir pris le temps d’écrire votre courriel, cela prouve que dans l’organisation du festival de St-Tite, il y a au moins une personne qui s’est aperçu du mécontentement des danseurs. Depuis plusieurs années, les danseurs de toutes le régions se sont amenés chez vous en sachant qu’ils avaient leur place dans votre programmation. Je pense qu’ils vous ont prouvé leur loyauté et il n’en tient qu’à vous, gens du festival, de prouver qu’ils peuvent à nouveau se fier à vous lors de la présentation de votre 40e édition. Se fier à vous signifie qu’ils peuvent compter s’amener chez vous en sachant qu’ils pourront profiter de leur loisir sans avoir à subir les inconvénients de changements de dernière minute. Je crois qu’il serait honnête de votre part d’avertir les gens aussitôt que des changements majeurs se font ; de cette façon les danseurs planifieraient leurs sorties en conséquence.

 

 Acceptez l’expression de mes salutations les meilleures,

 

Robert Martineau